Ward Swingle : L’union parfaite entre classique et jazz

Valérie Saulnier

Bonjour aux lecteurs de Plein les oreilles!

Je suis bien contente de pouvoir participer au blogue et surtout de vous présenter un chanteur et arrangeur extraordinaire malheureusement décédé en janvier dernier : M. Ward Swingle. Connaissez-vous le groupe vocal les Swingle Singers? Oui? Laissez-moi vous en parler d’avantage!

Ward Swingle a été l’arrangeur et le leader du groupe les Swingle Singers, d’où le nom du groupe. Cet ensemble, toujours existant à ce jour, est passé à travers différentes phases au cours de son évolution qui peuvent être divisées en trois sections. Allons voir comment tout cela a commencé!

Ward Swingle influence le jazz vocal depuis 1958 avec ses idées révolutionnaires de métissage entre le classique et le jazz et ses méthodes d’écriture pour la musique vocale. Issu de parents musiciens, ceux-ci l’on initié très jeune à apprécier autant la musique classique que le jazz. Il a eu la chance de jouer du saxophone au sein du Big Band Fio Rito avec qui il a fait plusieurs tournées. Il a par la suite fait des études universitaires en piano classique avec les plus grands professeurs et pianistes de l’époque. Il a ensuite quitté les États-Unis pour aller étudier avec le maître Walter Gieseking, en Allemagne. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’il a rencontré son épouse Françoise Demorest, avec qui il a décidé d’aller s’établir à Paris.

Ward Swingle a longtemps fait carrière comme chanteur/choriste pour plusieurs grands artistes, notamment Charles Aznavour et Juliette Gréco. Il a aussi rencontré Michel Legrand lors d’un contrat de studio et c’est à ce moment que ce dernier lui a présenté sa soeur, la chanteuse bien réputée de l’époque, Christiane Legrand. Ils ont eut la chance de retravailler à plusieurs reprises ensemble notamment lorsque M. Swingle a rejoint l’ensemble vocal Blue Star.

Lorsque le groupe s’est séparé, Christiane Legrand, Mimi Perrin (une choriste de Blue Star) et Ward Swingle ont décidé de former les Doubles Six de Paris. Cet ensemble vocal français, qui a aussi marqué le jazz vocal, exista seulement de 1958 à 1962. Ils ont exploré, avec presque la même approche que le trio vocal Américain Lambert, Hendricks & Ross (L,H & R), les vocaleses (retranscription d’un arrangement pour Big Band avec l’ajout de paroles). Cependant, les paroles des Doubles Six étaient composées en français par Mimi Perrin.

Ils ont utilisé, tout comme le trio L, H & R, la méthode d’enregistrement par overdubing afin de reproduire les arrangements de Big Bang. À l’époque, les Big bands étaient constitués de 12 cuivres (aujourd’hui, ils sont 15 cuivres). Puisque les Doubles Six étaient 6 chanteurs, ils devaient enregistrer 2 voix chacun. Hum, commencez-vous à faire le lien avec le nom de leur groupe? 😉

Pour sensiblement la même raison que le trio de L, H & R, le groupe s’est éteint rapidement puisque se produire en spectacle live devenait pratiquement impossible en raison de la méthode technologique utilisé lors de leurs enregistrements en studio. Ward Swingle et Christiane Legrand ont donc eu l’idée de créer un autre groupe avec un concept différent afin de pouvoir se produire en spectacle et de ne pas avoir recours à l’overdubing lors de leurs sessions en studio. Ils ont formé un groupe de huit chanteurs (quatre hommes et quatre femmes) qui allaient interpréter les arrangements de M. Swingle. Le groupe venait alors de naître.

La première partie de l’évolution de ce groupe se caractérise par des arrangements fait par Ward de plusieurs pièces classiques et surtout de l’époque baroque. M. Swingle a très vite constaté que la musique de Jean-Sébastien Bach pouvait effectivement swinger. Au début, ses arrangements étaient chantés en guise d’exercices vocaux pour le groupe puisqu’ils requéraient une grande agilité vocale. Ward Swingle a donc reprit des pièces de J.-S. Bach presque telles quelles, en y ajoutant des onomatopées précises (souvent des « ba va da ba da… ») et en faisant swinger les croches. Il y ajouta aussi une section rythmique composée d’un piano, d’une contrebasse et d’une batterie afin d’y retrouver les caractéristiques typiques de la musique jazz.

Les Swingle Singers ont enregistré un premier album en 1963 avec Philips Records intitulé Bach’s Greatest Hits. Cet album est devenu rapidement très populaire puisque le président des États-Unis de l’époque, Lyndon Johnson, les a invité à la Maison-Blanche pour une prestation en juin 1964. Cela a été leur premier concert devant public [!!!] qui leur permit, bien évidemment, de devenir connus internationalement. En dix ans, ce groupe a enregistré plus de treize albums et a remporté cinq Grammys!

Le deuxième stade du groupe est dû au déménagement de Ward Swingle en Angleterre, ce qui a dissout le groupe français original. Ward avait des nouvelles idées et avait envie d’explorer davantage la possibilité que nous offre la voix humaine ainsi que toutes les sonorités qu’elle peut reproduire. Un travail d’imitation de l’instrument était encore au coeur de ses arrangements, mais cette fois-ci, il était abordé sous un angle différent. Pour rendre son idée concrète, il a parcouru plus de huit conservatoires de musique dans le but d’y faire des auditions et d’y recruter des chanteurs avec qui il allait former The New Swingle Singers. Le répertoire choisi et arrangé par Ward changea aussi. Il élargit ses horizons et explora différents styles passant du folk au contemporain et de la musique populaire aux standards jazz tout en ajoutant d’autres pièces du répertoire classique. Le niveau avancé de ce nouveau groupe permettait donc à Ward Swingle de pousser encore plus loin son génie en tant qu’arrangeur et d’explorer différents métissages tout en gardant la stylistique jazz comme caractéristique première. Il décrit lui-même son style d’arrangement comme une « salade » ;

« I generally think musically in a fairly traditional style. I like crunchy chords and am very much influenced by some big band harmonies. I love American standards like Cole Porter, Gerswin, Jerome Kern… I love the harmonies that one can extract from them. Given that, when I do arranging, I generally will have some canon or little fugal bit or some sort of Baroque connection. »

Ward se mit donc à explorer les sons que la voix pouvait faire, par exemple les sons percussifs et les effets sonores. Cette évolution a permis au groupe de devenir une formation uniquement a capella et de ne plus avoir recours à la section rythmique pour combler les manques musicaux.

La troisième partie du développement des Swingle Singers se caractérise par un style musical plus «pop» dans le but de rejoindre plus de gens et d’entrer dans l’industrie de la musique qui se développait extrêmement vite dans les années 1970-80. Ils ont été l’un des premiers groupes à utiliser la technique de close-mic singing lors de ses concerts. Celle-ci permet aux chanteurs de créer différents effets vocaux en live et donc de faciliter le travail de finesse et de précision pour chacune des voix. Les innovations avec l’utilisation des microphones se sont faites dès les débuts du groupe français en 1962, lors des sessions de studio. Il avait décidé de placer un microphone pour deux chanteurs. Cette décision a été révolutionnaire puisque la majorité du temps on plaçait seulement un ou deux micros pour capter toutes les voix. Très rapidement, Ward a voulu utiliser un micro par chanteur pour pouvoir travailler chaque voix individuellement.

Encore aujourd’hui, les Swingle Singers continuent d’évoluer en explorant différents styles. Toutefois, le groupe ne chante presque plus les arrangements de M. Swingle puisqu’ils écrivent majoritairement leurs propres arrangements. Bien entendu, ils connaissent les arrangements de Ward Swingle et ils continuent de travailler dans le même sens que lui. Ce groupe est définitivement l’un des plus importants en ce qui a trait à l’influence instrumentale sur la voix. Le travail de M. Swingle est basé sur le phénomène d’imitation des instruments par la voix et le traitement de la voix comme un instrument.

Si vous êtes curieux d’en apprendre plus sur ce groupe et de les rencontrer, ils seront de retour au Québec cet été, dans le cadre d’un stage de jazz vocal au Domaine Forget entre le 14 et le 21 août 2016.

Bon… Vous voyez? Je me passionne énormément pour le travail de cet homme! Je travaille justement, avec sept autres merveilleux chanteurs, sur un spectacle «Hommage à Ward Swingle». Il sera présenté cet été à travers le Québec et à Montréal vers la fin de septembre 2016. Je vous invite à visiter notre page Facebook afin d’être au courant des projets à venir de l’Ensemble vocal Neptune.

Bonne écoute!

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1 réponse

  1. Vanessa dit :

    Wow, je ne connaissais pas du tout ce genre. J’ai adoré Gemiler Giresune – The Swingle Singers (sur le site). Quelle richesse et diversité de sons et d’effets, c’est vraiment créatifs comme arrangements. C’est intéressant de connaître l’histoire et l’évolution du groupe et ensuite d’écouter des extraits des différentes phases. On entend bien les nuances et les changements.

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