Plus grand que nous

 

J’aimerais dire beaucoup de choses au sujet de la musique mais j’avoue me sentir un peu imposteur. Écrire un article sur un blog semble demander tellement de gueule et de style (sans parler de la maitrise du punch parfait). Comment dire, je ne crois pas avoir ce rythme. Je suis plutôt lente.

Tout au long de ma vingtaine, ma perception de la musique a évolué. À 20 ans, par exemple, j’étais irritée par les gens qui me partageaient leur grande admiration pour les artistes. Je ne comprenais pas trop la source de cet agacement mais je savais que j’étudiais la musique car c’était là où je me sentais la plus utile. Après l’université, j’ai dû me prouver que je pouvais gagner ma vie en la pratiquant. J’ai vécu des expériences colorées et enrichissantes, des concours et des festivals, de la route et des concerts avec mes bands, de l’enseignement et de la direction de chorale, des enregistrements d’albums et beaucoup, beaucoup de paperasse. Mais à force d’avoir peur de ne pas réussir à vivre de ma musique, j’ai senti une certaine pression s’installer sur mes épaules. Tout ça manquait de sens. S’en est suivie une grande quête de liberté et d’équilibre par la création, trajectoire qui se poursuit toujours…

L’art dans ma vie est une toile complexe. Ce n’est pas la réalisation d’un seul projet ou la tendance esthétique de mes choix. C’est un fil qui brode mes idées, à travers le temps et l’espace, les gens et les circonstances. Une matière floue mais tangible, qui ne demande pas à être rationalisée et qui semble respirer d’elle-même. Faire de la musique me permet d’y toucher un peu.
Il n’y a pas si longtemps, un directeur de chœur m’a inspiré en disant ceci : la musique est plus grande que nous. De sages paroles qui résonnent encore en moi et guident mes réflexions. J’ai compris pourquoi je n’aimais pas mettre l’artiste sur un piédestal : il n’est qu’un maillon dans une grande chaîne qui traverse les époques et les sociétés. La pression est soudainement moins présente, moins contraignante. Et je poursuis ma création, lentement.

Avec des crayons dorés
Du papier à lettre qui sent l’été
Il faudra créer
Des mots plus grands que nous

Avec nos voix engourdies
Sans artifices sur les harmonies
Il faudra rassembler
Des mots plus grands que nous

Attacher aux grands vents
Nos égaux d’hommes libres
Des guirlandes de cahiers blancs
Qui nous guident

Avec nos souvenirs vieillis
Tout le précieux qui nous adoucit
Il faudra protéger
Des mots plus grands que nous

Avec des crayons dorés
Du papier à lettre qui sent l’été
Il faudra libérer
Des mots plus grands que nous

 

Vous pouvez aller écouter la musique de Marjorie ICI

Marjorie enseigne le chant jazz à l’École de Musique Vincent-d’Indy

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1 réponse

  1. 6 février 2016

    […] (Extrait de l’article du 1er février écrit pour le blog Plein les oreilles) […]

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